CAYMAN KINGS

Le 15 février 2019 au Fun House à Madrid, un miracle s’est produit. Guillermo, le claviériste des Cayman Kings, a surfé sur son instrument. Il l’a d’abord lâché sur les mains tendues des spectateurs, puis s’est jeté dessus tout allongé, voguant à deux mètres du sol pendant quelques dizaines de secondes. Interloqué, le groupe a arrêté de jouer pour regarder l’un des siens voler. Tout est vrai, la vidéo est même sur Youtube. Il y avait quelques dizaines de fans ce soir-là devant la scène, mais pour les Cayman Kings, c’est comme s’ils avaient joué au Fillmore East ou à Woodstock un demi-siècle plus tôt. Ce moment est un des plus beaux souvenirs récents des Cayman Kings. Et c’est pour ce genre de moment imprévisible et fou que ça vaut encore le coup de jouer du rock aujourd’hui, et que les Cayman Kings existent.

 

Ce groupe a été créé à Lille il y a un peu plus de cinq ans, autour du chanteur et compositeur Tim. Formé au néo-punk et passé par le rock surf, Tim avait envie de jouer la musique qui lui donne l’illusion de voyager dans l’âge d’or du rock : le garage-psyché. Dans les familles du rock, le garage est un genre très codé, avec ses icônes, son répertoire, ses gardiens du temple en costumes d’époque. Un genre où la créativité importe moins que le revival bien fait, où l’intégrité est tellement primordiale qu’elle peut parfois tourner à l’intégrisme. Les Cayman Kings aiment tout ça, mais dès le début ils ont décidé de ne pas jouer de reprises, uniquement leurs chansons. Ils imposent leur répertoire en live et tournent en France, en Belgique, aux Pays-Bas, en Espagne, très vite adoptés par la scène garage qui apprécie autant leur joie féroce que leurs chemises Paisley trempées de sueur.

 

Après Suffering Chelsea Boots en 2016, un premier album comme un acte d’allégeance aux saintes lois du garage, les Cayman Kings viennent de sortir le second, Marigold Under Scales. Un grand bond en avant, ou vers eux-mêmes. Un disque toujours aussi énergique et abrasif – c’est la fête à la fuzz et au farfisa – mais aussi plus mélodique, plus ouvert, plus (et mieux) chanté, plus épique, qui sort un peu du garage pour aller gambader dans les champs de fraises éternels de la pop psyché, et parfois pressentir l’anxiété enragée du punk. Marigold Under Scales, ça veut ça : la fleur (« marigold » = calendula, ou soucis) sous les écailles, le rentre-dedans qui n’empêche pas l’intériorité. Depuis le début de cette année qui s’annonce folle, le groupe joue même parfois en acoustique, un peu hippie, pour laisser éclore les fleurs sous les écailles. Guillermo lâche alors le clavier pour jouer de la flûte. Le 7 mai à l’Aéronef pour le concert de l’Aéro Teenage Tour, les Cayman Kings vont accompagner des lycées avec lesquels ils auront préparé des chansons.  Peut-être que Guillermo sortira sa flûte et la lancera dans le public pour surfer dessus. Avec les Cayman Kings, on n’est pas à l’abri d’un miracle.

Stéphane Deschamps

 

Nouvel Album : Marigold Under Scales (février 2019)

En concert chez nous le 7 mai 2019