Chronique de disque de Barbagallo

Ecrit dans la continuité du formidable et surréaliste Amor de Lonh (2014), Grand Chien est une suite à la fois logique et chaotique ; logique car composé sans calcul ni douleur, chaotique surtout, parce qu’il secoue le bocal à formol dans lequel trempait la musique française jusque là. Celle des Toulousains, tordue et plus vicieuse qu’elle n’en a l’air, devient presque à force une normalité ; plus fort encore, elle renvoie celle plus commerciale dans les cordes et lui tabasse la gueule à grands coups de bizarreries du quotidien chantées de travers. Et soudain, le douloureux souvenir des années normales, de Noir Désir à Eiffel en passant par Calogero ou Vianney, s’estompe. Mungibeddu et son riff d’intro à la Bob Marley, Pas Grand Monde et ses sonorités Maison du café péruvienne, Longue La Nuit et ses faux airs de tube à la Tame Impala ; chaque chanson évoque un ailleurs ; quelque chose comme une île française jamais vraiment placée sur la carte, et où l’on porterait des bonnets péruviens avec une chemise en flanelle et un livre d’André Breton coincé dans la poche arrière du jean.

Bester – Gonzaï