ENTRETIEN AVEC RAG (Barbi(e)turix)

Barbi(e)turix est un collectif parisien, qui depuis maintenant douze ans s’est donné comme mission de bousculer les stéréotypes et promouvoir la culture féminine et lesbienne. Autofinancé et indépendant, le collectif a trois activités principales : un fanzine, un site web, et l’organisation de soirées. Si jamais les Wet For Me te disent quelque chose, et bien voilà, c’est Barbi(e)turix. Afin d’en savoir un peu plus sur l’histoire, l’actualité et les projets de ce collectif à la visibilité et au succès aujourd’hui considérables, nous sommes allés rencontrer Rag, en charge de la direction artistique.

Rag, nous avons une photo où tu fêtes ton anniversaire, est ce que l’on peut te demander ton âge ?

38 ans, le plus bel âge !

Tu as la double nationalité franco-suédoise, alors Ibra ou Griezman ?

Ibra ! Enfin non, peut-être les deux. Quand même : Ibra !

Ma mère est Suédoise et mon père est Français. J’aimerais habiter en Suède mais le climat me bloque un peu… La culture suédoise est très riche, d’ailleurs nous invitons pas mal d’artistes scandinaves sur les Wet For Me.

La première fois que nous nous sommes rencontrés, c’était à l’occasion de la venue de PEACHES, pour laquelle vous avez assuré le warm up et l’after. Comment as-tu vécu cette soirée : Peaches, l’Aéronef, Lille ?

Avec les Barbi(e)turix, nous avions très envie de venir à Lille, ça faisait partie de la wish-list de nos escales en région. Je garde de bons souvenirs de l’ambiance Lilloise, et il y a aussi une active communauté LGBT.

Notre agent nous avait dit le plus grand bien de l’Aéronef et j’ai beaucoup de copines qui m’avaient parlé de Lille. C’était la première fois que je venais dans cette salle, j’ai trouvé le bâtiment complètement futuriste : se retrouver dans un immeuble qui est à la fois une salle de spectacle, un centre commercial et un hôtel, c’est assez impressionnant. J’aime beaucoup ses circulations, le bar, le petit hall d’expositions et ce grand espace extérieur…Nous n’avons pas l’habitude de ce type d’espace à Paris.

Quant au show de Peaches, il était incroyable de générosité. Elle joue le jeu du début jusqu’à la fin. Elle se donne à fond tous les soirs de sa tournée, c’est une véritable performance qui a scotché celles d’entre nous qui ne l’avaient pas vu à Paris. Il y a une chose qui a changé dans son show, c’est qu’elle montre ses nichons, chose qu’elle ne faisait pas avant…

Est-ce que tu as eu le temps de te balader à Lille et de faire connaissance avec des gens ? Des lieux ?

Oui nous sommes allées sur la Grand Place, nous avons fait un tour de grande roue, le marché de Noël, le classique quoi. Puis nous sommes allées dans un bar tenu par des filles « Le Lokarria » et j’y ai moi-même mixé. Ce bar est vraiment pas mal, petite scène, bon son… Il y avait une grande baie vitrée embuée alors nous avons dessiné des vulves sur la vitrine… vu de l’extérieur c’était rigolo. Nous sommes restées toute la soirée, l’ambiance y était bonne et nous avons fait de belles rencontres. Nous apprécions nous poser tout un week-end dans une ville cela nous permet d’échanger, de rencontrer les locaux : bars, lieux alternatifs, collectifs…C’est important pour nous ! J’ai d’ailleurs fait connaissance de pas mal de filles avec qui nous échangeons aujourd’hui et qui nous apportent leur conseil et leur soutien.

Parlons Barbi(e)turix, c’est un webzine ou un fanzine ? On sent des influences : Trax, Causette, les Inrocks ?

C’est un webzine (www.barbieturix.com) mais aussi un fanzine, nous essayons d’en sortir un par an. C’est surtout culturel. Mais nous pouvons aussi prendre une tournure plus politique, surtout avec les événements qui se sont déroulés cette année. Et il y a aussi de la rigolade, on ne veut pas non plus trop se prendre au sérieux. On a une pensée et un courant qui ne réunissent pas toutes les gouines… On essaye de créer un activisme lesbien moderne et faire passer nos idées plus en douceur. Nous sommes des jeunes ouvertes sur le monde, ouvertes sur la culture, de gauche évidemment.

Oui, nous avons remarqué que vous aviez comme ami, un certain Donald !

Ah Ah Ah ! Oui, nous nous attaquons à des personnages qui ne font pas avancer la société. C’est lui en ce moment mais avec nos présidentielles, on peut craindre le pire …

Et les Femen ?

C’est un sujet qui divise les féministes tout comme notre propre équipe, c’est donc un sujet que je ne préfère pas aborder.

On va se revoir prochainement à l’occasion de la soirée de la marche des fiertés ? Quel est ton regard aujourd’hui sur cet événement ?

La marche des fiertés est l’une des plus grandes manifestations récurrentes en France, c’est important de le signaler. Il n’y pas que les PD et les gouines qui marchent mais beaucoup d’autres personnes qui se sentent concernées. Des questions politiques sont abordées comme le droit des trans. C’est aussi un moment festif où nous nous sentons libres et fiers. J’y suis très engagée à Paris, je m’occupe de la programmation de la grande scène de fin de marche.

Je trouve que votre zine est vraiment classieux et complet mais je voudrais m’attarder sur un article qui est paru dernièrement, celui du récit de Sidonie. Comment fait-on pour publier ce type d’article ? (Article dans la rubrique Barbieram – Vie lesbienne) 

Nous avons des rédactrices un peu partout en France.  Nous recevons beaucoup de mails et de récits de groupes de filles ou de personnes isolées qui écrivent de façon spontanée. Ensuite nous avons un comité de rédaction au sein de Barbi(e)turix qui sélectionne. Il faut qu’il y ait de l’humour, que ce soit politique et féministe, avec un esprit d’ouverture, et de modération. Nous ne sommes pas radicales, nous essayons d’être rassembleuses.

Ca parle de gonzesses quand même ? Sommes-nous d’accord ?

C’est très gonzesse et c’est complètement assumé. ! C’est un zine fait par des nanas pour les nanas, même si nous avons aussi un garçon qui écrit parfois ! Nous avons un lectorat masculin de plus en plus important, surtout pour la partie culture et musique. Concernant les billets d’humeur, la partie sexo ou la barbie’s du mois (mise en valeur d’une artiste), ce sont plutôt les filles qui nous lisent.

Cette mixité, on la retrouve aussi dans les Wet for Me ?

Oui, à Paris nous sommes sur un ratio environ de 70% de filles et 30% de garçons. En province, je pense que les gens se mélangent plus et c’est ce que nous recherchons dans notre ouverture.

Tu es la directrice artistique de Barbi(e)turix. Quel sens donnes-tu à ta direction artistique ?

J’essaye de m’intéresser à ce que font les femmes en matière de musiques électroniques parce que je suis encore en colère envers ces gros festivals qui ne programment que des hommes en prétextant qu’ils ne trouvent pas de femmes à inclure dans leur line-up.

À la Wet For Me, nous ne bookons pas des femmes parce que ce sont des femmes mais bien parce que ce sont de bons artistes. Nous sommes dans une société sexiste, et ça se ressent partout : festival, musée, opéra…La liste est longue. Je participe à pas mal de tables rondes pour évoquer et m’insurger sur la question. Mettre des femmes artistes en avant sur nos soirées c’est une façon de répondre à cette question de société.

Ecoutes-tu d’autres choses ?

Je suis une grande fan de disco, d’italo-disco plus précisément. J’adore les productions de Georgio Moroder par exemple. Chez moi, j’écoute aussi beaucoup d’autres choses plus calmes : jazz, pop.

Si je te dis Manchester ? Tu me réponds ?

Il y avait l’Hacienda. Et JOY DIVISION !

Tu aurais envie de nous proposer une prochaine destination pour la prochaine saison ?

Göteborg en Suède est une ville hyper intéressante en termes de musiques, d’expos ! C’est une ville qui bouge bien culturellement.