Portrait d’Océane

Ecouter avec vos yeux

crédit photo ©Phjulia –scenesdunord

 

20h28, dans un élan quasi mystique, Océane ôte ses chaussures. Elle s’apprête à entrer en scène. Dans l’intimité des coulisses, elle partage la dernière montée de trac avec le groupe qu’elle accompagne ce soir. Océane, qui se métamorphose en « Osc’Art » quand elle entre sur scène, est « chansigneuse ». Elle pratique l’art d’adapter des morceaux de musique en expression corporelle : une performance envoutante qui mêle danse, théâtre et langue des signes française (LSF).

Si son métier d’interprète LSF a beaucoup joué dans son parcours artistique, c’est une tout autre démarche qu’elle nous présente sur scène. En effet, le chansigne n’est pas une traduction de texte en live. À travers cette performance, elle restitue non seulement le sens, mais aussi la musicalité d’un morceau, son rythme, et surtout les émotions qu’elle a su déceler dans l’œuvre originale.

Là où l’interprète LSF se doit de s’effacer pour offrir ses mains et les expressions de son visage pour rendre compte d’un propos entre entendants et sourds, la chansigneuse nous offre une traduction beaucoup plus personnelle, dans laquelle elle offre aussi un regard, au croisement de celui de l’auteur-interprète et du sien.

Au-delà d’une réflexion autour de l’accessibilité de la musique live pour les personnes malentendantes ou sourdes, le chansigne n’est pas à considérer comme un simple outil, mais bien comme une valeur ajoutée au spectacle.

Après avoir fait ses classes au sein de la troupe de chansigne des « mains balladeuses », Océane intervient désormais seule sur certains concerts à L’Aéronef, depuis octobre dernier. En effet, L’Aéronef réfléchit et travaille à améliorer l’accessibilité de son lieu et de sa programmation aux personnes sourdes et malentendantes. Dans le cadre du projet Free Son, parmi d’autres initiatives et expérimentations, Océane est amenée à chansigner un concert chaque trimestre.

Nicolas Michaux, Emilie Loizeau, Vertigo, Fishbach…Autant d’univers (et de discographie) qu’elle a su brillamment incarner !

Retour sur un processus de création peu banal :

Au commencement, il y a le travail de pédagogie et de sensibilisation à effectuer auprès des artistes. Toujours délicat que de demander à un artiste non seulement de partager sa scène, mais aussi et surtout de confier ses œuvres et de donner carte blanche pour les adapter.

Avant le jour du concert, Océane n’aura pas l’opportunité de rencontrer les artistes. Et c’est là toute la difficulté ! Et pourtant, « Le chansigne, c’est le fruit d’une rencontre » explique-t-elle.

À travers des recherches, le visionnage et la lecture d’interview, Océane s’imprègne du regard de l’artiste. En écoutant les morceaux, elle essaye de les déchiffrer avec cette vision.

Parallèlement, elle aborde les textes avec ses propres émotions et ressentis. Elle s’approprie le morceau.

Et enfin, elle opère la synthèse, le mariage de ces deux univers et la transcris en une chorégraphie qui mêle danse, expression du visage et LSF. Le choix des signes se rapportent non seulement au propos et aux émotions, mais se doivent aussi de coller au rythme.

Ce travail, titanesque, est palpable sur scène ! Osc’Art nous donne à voir ce que la musique nous donne à entendre et ressentir.

Vous souhaitez mieux comprendre cette expérience ? On vous invite vivement à venir la vivre pour en apprécier toutes les facettes.

RDV le 21 juin à l’Aéronef pour une soirée de concerts spécialement calibrée pour ressentir la musique autrement !