L’Aéronef en accord avec Live Art Factory présente :

LES WAMPAS (FR)

LES GRYS GRYS (FR)

  • Les WAMPAS auront survécu à tout : au Psychobilly, le sous-genre le plus crétin du monde, aux départs volontaires de deux guitaristes, l’un flamboyant et suicidé, l’autre rigoureux et lassé, à la carrière solo de son chanteur, à l’Eurovision et même à Jacques Chirac. Les WAMPAS ne se sont jamais avachis dans la chanson réaliste, le festif franchouillard ou le militantisme puéril. On ne sait comment Didier explique cette longévité et cette dignité mais il nous autorisera quelques hypothèses :

    La première est que Didier Chappedelaine n’existe pas. Didier Wampas est un mythe auto-entretenu. Ses détracteurs préfèreront le terme d’imposteur, ses fans celui de surhomme, le Zarathoustra balayant l’ancien monde, signifiant l’avènement d’une nouvelle culture créative, ludique et spontanée. Voir les WAMPAS en concert c’est faire l’expérience de ce retournement.

    La seconde tombe sous le sens : Didier aime les Ramones et Dick Rivers et s’y tient. Il a bâti, chansons après chansons, sa vie sur ce rêve improbable, est parvenu à le réaliser et sait s’en contenter. Cet amour de l’euphémisme binaire l’honore. Il sait creuser le même sillon en éliminant toute tentative d’emphase, d’esbroufe et de modernité. Didier préfère couper qu’empiler et c’est de cette manière qu’il est devenu le roi de son royaume, un duché plutôt qu’un continent, une monarchie absolue qui fait sans doute grincer quelques dents mais résiste aux tentations de la tiédeur démocratique, au ventre mou du rock et aux retournements de veste. Voir les WAMPAS en concert c’est le premier pas vers la naturalisation.

    Troisième hypothèse : Didier, comme Dieu, n’est qu’amour. Comme ces bonzes qui zigzaguent pour éviter de décimer les fourmis, Didier ne peut s’empêcher d’être humaniste. Ou sage, ou universaliste. Pas complaisant, non, mais avec des valeurs altruistes qui mettent du baume au cœur. Parce que les électeurs du Rassemblement National ont aussi une âme. Voir les WAMPAS en concert c’est la plus jouissive des façons de militer contre la bêtise ambiante.

    Et si ces trois hypothèses ne suffisaient pas à justifier le déplacement, il conviendra d’écouter « Sauvre le Monde », seizième album du groupe, magistralement réalisé par le Demis Roussos occitan, Lionel Limiňana et enregistré et mixé par le sorcier du Michigan, Jim Diamond. Ces deux-là ont réussi l’impossible : d’abord, canaliser une énergie débordante. Jim l’atteste : « ça a été une chouette collaboration même si je devais parfois empêcher Didier de brancher toutes les pédales d’effet du studio ! ». Une rapide discussion avec lui apporte un éclairage intéressant sur la genèse de l’album : « Lionel a principalement travaillé avec le groupe avant l’enregistrement, sur les arrangements. J’ai fait de nombreuses suggestions et ajouté des instruments et puis j’ai mixé l’album seul ». Les planètes ne se sont pas fait prier pour s’aligner et offrir un résultat au-delà des espérances des aficionados. Il fallait au moins ça pour éviter l’écueil de la facilité dans laquelle Didier a parfois la tentation de se vautrer et renouveler une grammaire esthétique qui tendait depuis quelques années à plomber la ferveur des plus pratiquants. « Sauvre le monde » s’avère être le disque idéal pour renouer avec les WAMPAS, le prétexte que beaucoup attendaient pour s’adonner à nouveaux aux plaisirs simples et au bonheur tendre de la fraternité retrouvée.

    Raphaël Louviau

     

     

     

    Nouvel album : Sauvre Le Monde (octobre 2019/Verycords)