Les coups de cœur de Gonzaï

 

Comme les impôts ou la grippe, les foufous du média Gonzaï reviennent tous les trois mois dans ce programme pour mettre en « lumière » 3 coups de cœur de la programmation de L’Aéronef. Aucun vaccin n’ayant encore été trouvé, voici donc leurs prescriptions à lire comme un « 3 salles, 3 ambiances » avec les concerts de L’Aéronef qui, selon eux, ne sont à rater pour rien au monde.

 

Choolers : du rap trisomique, pour de vrai
17 janvier avec Humming Dogs

Si le rap vous a toujours semblé être un sport d’abrutis, que vous n’avez jamais rien compris à la trap, que votre enfant vous bassine tous les matins avec Ninho, Niska, Gradur et tous les rappeurs à noms de Pokémons et que Roméo Elvis vous semble davantage du côté variété que du côté rimes hardcore (ce qui est vrai, somme toute), alors il se pourrait bien que Choolers Division soit, contre toute attente, le projet qu’il vous faut. Emmené par deux marlous franco-belges (Kostia Botkine et Philippe Marien), le projet possède évidemment une particularité : ses deux membres sont trisomiques (comme les membres du Wild Classical Music Ensemble, dans un autre genre). Mais l’information encore plus étonnante, pour ce qui n’aurait pu être qu’un projet d’art thérapie un peu chiant, c’est que Choolers Division enfonce tous les bras cassés du rap français réunis ! Leur album fraichement sorti chez Black Basset est une bonne occasion de le vérifier : le flow rappelle presque celui de Sleaford Mods et les instrus glacées tranchent d’avec les prods Toys’R’us des petits garçons blancs qui se rêvent un peu trop gangsters. C’est quoi être rock en 2020 ? C’est aimer Choolers Division, un groupe finalement pas si éloigné que ça de Ian Curtis.

 

Dombrance : la disco-politique, c’est son projet
Le 25 janvier avec Mezergue

Quand, un beau jour de 2018, le premier track du nouveau projet de Dombrance est sorti de nulle part, on a d’abord cru à une blague. Nommé Raffarin, le titre faisait l’éloge de notre ancien Premier ministre sur un bon beat novö-disco en empruntant beaucoup à Claude François. Et…. Rrrah ! Alexandrie et Alexandra ayant été bayonnées dans le placard, l’auteur du tube I’m down en 2005 avec comme Raffarin bien remonté la pente (« la route est droite, mais la pente est raide », dixit) et propose 15 ans plus de tard de faire rimer politique et métronomique grâce à un concept album à paraître où chaque morceau est un « hommage » à une personnalité de gauche (Taubira) ou de droite (Fillon). Une manière géniale de tous nous réconcilier avec le bourrage d’urnes, d’autant plus qu’il y a quelque chose de jouissif, en 2020, à crier le nom de Valéry Giscard d’Estaing en « résoi ». Pour ne pas gâcher la fête, Dombrance propose qui plus outre un set où chaque homme ou femme politique est accompagné par d’incroyables visuels de l’illustrateur Olivier Laude. Franchement, si après ça vous avez encore envie de vous abstenir, c’est que vous êtes bon pour rejoindre Patrick Balkany sur la case prison sans passer par la case départ.

 

Beak : du kraut qui tombe à pic
Le 29 janvier avec Tau

Faut-il encore présenter Beak, le side project du batteur de Portishead devenu, en une petite dizaine d’années, l’une des plus belles machines de guerre européennes ? Cousin éloigné des Français de Zombie Zombie à qui l’on aurait greffé toutes les pochettes du groupe CAN dans le dos, Beak continue sa route, dix ans pile après le premier album ; et il peut en outre se vanter d’avoir à peu près aborder tous les styles, du krautrock au rap (avec KAEB sur le « Split EP ») jusqu’à la disco poisseuse avec le titre Sex music. On n’ira pas jusqu’à écrire que le groupe de Geoff Barrow était taillé pour réécrire le générique de Faites entrer l’accusé, mais il y a chez ces Anglais une folle envie de tuer. Leurs collègues anglais, déjà, toujours obsédés par les mêmes vieilles rengaines (Beatles, Oasis, Clash, etc). Et puis la notion même de musique commerciale, puisque chaque album de Beak a la forme d’un rond-point autour duquel pourrait venir joyeusement danser tous les gilets jaunes du rock anti-conventionnel. Loin d’être devenu un groupe bégayant les mêmes recettes, Beak a récemment sorti un troisième album de facture correcte (« >>> », 2018) ; le plus intéressant chez eux, comme avec les serial killers, étant encore de les écouter en live. Ne serait-ce que pour admirer le tandem rythmique formé par Geoff Barrow, Billy Fuller. Deux mecs qu’on aimerait bien voir introduits par Christophe Hondelatte dans une émission nommée Meurtres à Bristol. Les assassins courent toujours.