MÉMO(IRE)

Par Tim Placenti, compositeur, chanteur et musicien du groupe Esplanades.

 

Esplanades et L’Aéronef

 

L’Aéronef par l’intermédiaire de Clémence est entré en contact avec nous l’année dernière suite à notre participation à l’Aéro Easy Tour, un projet d’action culturelle très chouette auquel nous avions participé. Celui-ci consiste à organiser des rencontres entre des groupes de musiques actuelles de la région des Hauts-de-France et des publics en situation de handicap. On avait passé un très joli moment, et l’envie d’écrire un nouveau projet ensemble est arrivée à ce moment-là : Mémo.

 

Le projet Mémo

 

Le public avec lequel nous souhaitions interagir cette fois-ci était celui des personnes âgées. Objectif : décloisonner la musique, l’emmener là où elle est parfois moins présente.

C’est dans ce cadre que La ville de Fourmies, les EHPAD Vincent Delloue et du Pavillon du Docteur Michelle Collet ont été particulièrement réceptifs à notre initiative.

Très vite, nous nous sommes entendus sur la déclinaison des valeurs suivantes :

la musique n’a pas d’âge, et chaque individu a son propre rapport avec la musique.

Notre point commun est donc notre capacité à valoriser nos expériences passées dans les chansons qui ont coloré notre enfance, nos premiers éveils amoureux, nos rébellions, nos peurs, nos victoires. La démarche a consisté dans un premier temps à discuter, échanger autour de la musique et ce qu’elle a représentée avec et pour des groupes de personnes âgées. Tout simplement.

 

Votre chanteuse / chanteur préférée ? Une chanson qui vous rappelle quelqu’un ? Quelque part ?

Lors d’un temps d’échange à l’EHPAD Vincent Delloue, j’ai lancé la discussion avec « Drifters » de Patrick Watson qui m’évoque un autoradio en Irlande, sur le bord d’une falaise, au coucher du soleil. On parle alors tous ensemble du voyage géographique et temporel de ces chansons. Cucci (mon binôme Esplanadesque) a évoqué l’arrière de la voiture de ses parents, enfant, avec Dire Straits et un pneu crevé. Très vite, les résidents ont évoqué des titres qui leur rappelaient leurs parents, les bals populaires interrompus par les Collabos de Pétain…

On écoute les titres dont on discute sur une petite enceinte et on a déjà vécu quelques moments de grâce plutôt uniques. Par exemple, la chanson diffusée est murmurée par la personne qui en a parlé, puis par une deuxième, et ensuite, soudain, comme de douces petites lumières, leurs voix se font entendre, les paroles sont encore bien en place et on se retrouve avec une chorale spontanée de cinq ou six résidents. Sans se concerter, et pour certains, alors même qu’ils se parlent à peine au quotidien. Très émouvant. Le cœur du projet est là : peu importe qu’on ait 93, 32, 14 ou 7 ans, l’enregistrement d’une chanson arrête le temps et y enferme son époque à l’intérieur. Le temps passe mais celui-ci ne bouge pas. En partageant une chanson avec quelqu’un, on partage sa propre histoire.

 

Leur premier album

 

La deuxième phase du projet, après la série de rencontres, consiste à enregistrer avec eux trois titres qu’ils ont choisis parmi ceux que nous avons évoqués. On enregistrera de notre côté une « base » de la reprise avec notre son (« On n’a pas tous les jours 20 ans » se prépare donc à une relecture pop flamboyante !) et une fois sur place, nous enregistrerons leur voix ainsi que quelques instruments additionnels en leur compagnie. Ces trois dernières rencontres seront filmées et montées par le collectif Attic Addict, et seront diffusées lors d’une restitution où nous leur proposerons aussi un showcase acoustique de titres issus de notre répertoire… avec quelques surprises-cadeaux, notamment parce que notre répertoire est anglophone, et que les personnes avec lesquelles nous menons ce projet ont une nette préférence pour les chansons dans la langue de Charles Trenet ! On a eu quelques fous-rires avec eux, ils étaient ravis qu’on leur propose de les aider… à sortir leur premier album.

 

 

Avec le soutien du fonds transmission et fraternité