PORTRAIT DE CAPUCINE LANGE

Jeu collectif


Comédienne, fondatrice de la compagnie du Théâtre du Prisme et du festival Prise Directe, découvreuse de textes contemporains… Oui, Capucine Lange a plus d’une corde (sensible) à son arc. La Lilloise reste toutefois animée par une même fibre : créer un théâtre ancré dans le réel, et porter la plume dans la plaie. Rencontre avec une artiste singulière, à l’heure de ses premiers pas à l’Aéronef.

Capucine Lange a découvert le théâtre en seconde, au Lycée Saint-Paul de Lille. « Oui, je suis issue de cette tradition de l’éducation artistique », sourit-elle. Après un passage par le Conservatoire de Roubaix et l’Ecole Lassaad, à Bruxelles, la Nordiste crée la compagnie du Théâtre du Prisme en 1998, avec sa bande de potes rencontrée au lycée. Puis elle se lance dans un tour d’Europe durant une année, « pour voir comment on jouait ou mettait en scène ailleurs, confie-t-elle. Il s’agissait aussi de perfectionner ma pratique et de trouver ma voie en tant qu’artiste ». Pas un hasard, donc, si Capucine Lange se passionne tant pour les textes étrangers. « C’est un travail de défrichage qui est mené, repérant des auteurs et autrices non traduit.e.s en France, explique-t-elle. Je cherche avant tout des oeuvres décryptant le monde contemporain et les mouvements humains, sociaux, collectifs ou intimes…».
Principe (ré)actif

Ainsi naquit Prise Directe, en 2013. Ce festival en biennale affiche une particularité : il repose, entre autres, sur des lectures-spectacles, incarnant à merveille cette volonté de « théâtre immédiat ». Souple mais exigeant, « ce format permet d’accélérer le processus de passage au plateau. Il révèle l’urgence avec laquelle ces textes ont été composés, détaille Capucine. Cela fait partie de mes convictions : je conçois l’art comme une réaction ». Montées en deux jours de répétition suivant une mise en scène épurée, ces pièces abolissent dès lors toutes frontières avec le public. Elles entremêlent aussi les mots (et les maux) à la musique, la danse, le slam ou le cirque. « J’aime donner carte blanche à des artistes de tous horizons, afin de dévoiler des formes uniques ».

Lettres ouvertes
Parmi ces performances, citons Mondes, présenté en 2017 à la maison Folie Moulins. Sur scène, la Roumaine Alexandra Badea réagissait à des images d’actualité circulant sur le Web en écrivant en direct (!), accompagnée par les impros du guitariste Benjamin Collier. Confiés à des metteurs en scène résidant « hors de la région », interprétés par des comédiens des Hauts-de-France, ces textes inédits (et livrés « en one-shot ») résonnent ainsi durant dix jours dans toute la métropole lilloise. Du Prato au Palais des beaux-arts de Lille, en passant par… l’Aéronef.
Ouverts à toutes les aventures artistiques, nous accueillerons en octobre prochain une étape de la quatrième édition de ce festival en prise directe avec le monde. Il sera question de musique, bien sûr, de belles lettres, mais aussi et surtout d’émotion.

 

Portrait tiré par Julien Damien