Portrait de Samira El Ayachi

D’autres vies que la sienne

Ecrivain, nouvellement auteure pour le spectacle vivant, lectrice de ses textes à voix haute, fondatrice de l’association Mademoiselle S., ancienne responsable du développement et des publics à l’Aéronef….déjà beaucoup d’existences pour une jeune femme. Mais Samira El Ayachi ne compte pas s’arrêter là. D’ailleurs Samira ne s’arrête jamais.

 

Ayant pris l’ascenseur scolaire dans le bon sens, elle brilla par ses résultats scolaires. Classes préparatoires littéraires : la voie royale ? Adepte du pas de côté, Samira s’y est formée mais a très vite évalué le risque de formatage. En 1997 son premier concert : IAM et déjà l’Aéronef. La langue libre du rap claquait dans sa tête, lui parlant, parlant enfin d’elle et parfois comme elle. Samira El Ayachi est une femme de paroles. Études supérieures en poche, c’est à l’Aéronef qu’elle officiera 10 années pour que l’art rencontre son public et si possible celui qui lui en est le plus éloigné. De ce vécu professionnel, elle retiendra quelques concerts fameux : Bumcello, la rencontre Serge Tessot-Gay et Mike Ladd, les adieux d’Alain Bashung et tant d’autres…Le verbe, la poésie, le croisement des univers, la rencontre et le télescopage encore. Sans oublier le concret : les gens et à travers eux l’humain, le singulier. De « sa période Aéronef » Samira aura beaucoup appris. Une forme de mue au contact d’artistes les plus divers, attestant en acte des possibles, des diversités, des libertés. Une entreprise salvatrice de déconstruction des certitudes et d’affirmation d’une personnalité artistique jusqu’ici contenue. Il fallut que ça sorte. Ce fut deux romans, des collaborations pour le spectacle vivant, la radio, des ateliers d’écriture, la création du festival l’Origine des mondes. Insatiable, Samira est une auteure de l’intime. Elle se raconte sans se la raconter. Elle offre la parole aux invisibles ou à ces minorités visibles si souvent réduites. Une auteure impliquée plus qu’engagée. Trop soucieuse de sa liberté et de cette loyauté envers la confiance de ceux dont elle porte les mots. Ni porte-voix ni porte-plume. Samira reste le trait d’union, empoétisant le réel pour en extraire des vertus universelles. N’hésitant pas à recourir au surréalisme ou au métaphysique pour mieux décrire et habiter ses personnages. Ce défi évite la tiédeur, le consensus mais jamais la bienveillance. Comme pour échapper au prêt à écrire militant. Qu’on se le lise, Samira ne fait pas « du quartier », documentée plus que documentaire. Son stylo caméra ne s’interdit rien des sciences de la fiction. Un crayon trempé dans un « encrage » territorial. Avec une prédilection pour les quartiers im-populaires et leurs habitants et un compagnonnage artistique avec d’autres acteurs du terrain comme Gilles Defacque du Prato ou encore Olivier Sergent des Maisons Folie lilloises. Une communauté d’esprit qui fait rhizome et sens en croisant littérature, danse, théâtre. Sur scène, les textes prennent un autre corps. Sans doute une permanence, feedback des distorsions de l’univers des musiques actuelles qu’elle continue d’adorer. Le festival littéraire nomade et participatif l’Origine des Mondes qu’elle porte avec son association est un condensé de Samira El Ayachi : on y entendra surtout l’autre dans des lieux de proximité, chez des habitants ; avec des lectures, du cinéma documentaire, un karaoké et même des concerts.

 

La vie rêvée de mademoiselle S ( Ed. Sarbacane)

 

Quarante jours après ma mort » (Ed. de l’Aube)

 

L’origine des mondes#2 : 4 au 10 avril 2016 dans les quartiers Sud de Lille sur le thème « Même Pas Peur ! »
www.loriginedesmondes.com

 

Auteur : Bertrand Lanciaux