Les Wampas, article par Raphaël Louviau

Les WAMPAS auront survécu à tout : au Psychobilly, le sous-genre le plus crétin du monde, aux départs volontaires de deux guitaristes, l’un flamboyant et suicidé, l’autre rigoureux et lassé, à la carrière solo de son chanteur, à l’Eurovision et même à Jacques Chirac. Les WAMPAS ne se sont jamais avachis dans la chanson réaliste, le festif franchouillard ou le militantisme puéril. On ne sait comment Didier explique cette longévité et cette dignité mais il nous autorisera quelques hypothèses :

La première est que Didier Chappedelaine n’existe pas. Didier Wampas est un mythe auto-entretenu. Ses détracteurs préfèreront le terme d’imposteur, ses fans celui de surhomme, le Zarathoustra balayant l’ancien monde, signifiant l’avènement d’une nouvelle culture créative, ludique et spontanée. Voir les WAMPAS en concert c’est faire l’expérience de ce retournement.

La seconde tombe sous le sens : Didier aime les Ramones et Dick Rivers et s’y tient. Il a bâti, chansons après chansons, sa vie sur ce rêve improbable, est parvenu à le réaliser et sait s’en contenter. Cet amour de l’euphémisme binaire l’honore. Il sait creuser le même sillon en éliminant toute tentative d’emphase, d’esbroufe et de modernité. Didier préfère couper qu’empiler et c’est de cette manière qu’il est devenu le roi de son royaume, un duché plutôt qu’un continent, une monarchie absolue qui fait sans doute grincer quelques dents mais résiste aux tentations de la tiédeur démocratique, au ventre mou du rock et aux retournements de veste. Voir les WAMPAS en concert c’est le premier pas vers la naturalisation.

Troisième hypothèse : Didier, comme Dieu, n’est qu’amour. Comme ces bonzes qui zigzaguent pour éviter de décimer les fourmis, Didier ne peut s’empêcher d’être humaniste. Ou sage, ou universaliste. Pas complaisant, non, mais avec des valeurs altruistes qui mettent du baume au cœur. Parce que les électeurs du Rassemblement National ont aussi une âme. Voir les WAMPAS en concert c’est la plus jouissive des façons de militer contre la bêtise ambiante.

Et si ces trois hypothèses ne suffisaient pas à justifier le déplacement, il conviendra d’écouter « Sauvre le Monde », seizième album du groupe, magistralement réalisé par le Demis Roussos occitan, Lionel Limiňana et enregistré et mixé par le sorcier du Michigan, Jim Diamond. Ces deux-là ont réussi l’impossible : d’abord, canaliser une énergie débordante. Jim l’atteste : « ça a été une chouette collaboration même si je devais parfois empêcher Didier de brancher toutes les pédales d’effet du studio ! ». Une rapide discussion avec lui apporte un éclairage intéressant sur la genèse de l’album : « Lionel a principalement travaillé avec le groupe avant l’enregistrement, sur les arrangements. J’ai fait de nombreuses suggestions et ajouté des instruments et puis j’ai mixé l’album seul ». Les planètes ne se sont pas fait prier pour s’aligner et offrir un résultat au-delà des espérances des aficionados. Il fallait au moins ça pour éviter l’écueil de la facilité dans laquelle Didier a parfois la tentation de se vautrer et renouveler une grammaire esthétique qui tendait depuis quelques années à plomber la ferveur des plus pratiquants. « Sauvre le monde » s’avère être le disque idéal pour renouer avec les WAMPAS, le prétexte que beaucoup attendaient pour s’adonner à nouveaux aux plaisirs simples et au bonheur tendre de la fraternité retrouvée.
Raphaël Louviau

Questions à Lionel Limiñana :

Est-ce que les Wampas avaient besoin d’aller dans un studio high-tech pour que Jim Diamond et toi réalisiez « Sauvre le monde » ?

C’était une bonne idée d’aller là bas, pour plein de raisons… ICP n’est pas seulement un studio high-tech, c’est un vrai studio à l’ancienne. Il y a plusieurs studios dans le studio. Jim a choisi le plus petit parce qu’il y avait une superbe vieille table de mixage Neve. Une table légendaire ! On a entassé les Wampas dans cette petite cabine, derrière la vitre. Le patron d’ICP, John, est un mec super. C’est un gros fan de rock and roll et il a accumulé, racheté des tonnes de micros, d’amplis, des pédales, des batteries, des boites à rythmes… Tout ce que tu peux imaginer. Et il laisse tout à disposition. Didier a sorti à peu prêt 80 pédales et a enregistré avec les pires. On a beaucoup rit! Il y a aussi le fait d’habiter sur place pendant l’enregistrement, tu es en immersion et tu ne penses qu’au disque. C’était la première fois que je faisais ça, bosser dans un « vrai » studio. Et j’ai adoré.

D’ailleurs, quel était le rôle des uns et des autres ? Les Wampas sont-ils intervenus dans vos choix (sans doute un peu radicaux pour eux) ?

On a enregistré cet album deux fois. Dans les mois qui ont précédé l’enregistrement à Bruxelles, Didier est venu bosser dans notre garage à Cabestany. Il arrivait, je lui branchais un ampli guitare, je calais une boite à rythme et on enregistrait comme ça, avec le chant en yaourt. Ensuite, je faisais des arrangements sur cette base : orgue, basses, fuzz, guitares folk, bruits de sous marin, stylophones, etc. Et j’envoyais les démos à Didier. Quand on est parti à Bruxelles, on avait cette base. Puis les Wampas enregistraient live et on piochait, se servaient ou pas de ces maquettes. Globalement, c’était ça. On a beaucoup travaillé au studio, le groupe, Jim et nous. J’ai adoré ça. Jim trouvait des solutions pour faire sonner tout ça tout le temps. On aime les mêmes trucs et ça a fonctionné tout de suite. On a laissé plein de choses que n’importe quel producteur aurait nettoyées. Et là dessus aussi on était tous sur la même longueur d’onde. Ce disque est le disque d’un groupe. D’un groupe en studio. L’atmosphère à ICP était vraiment très chouette. Tout le monde était très impliqué et on a vraiment aimé être ensemble jour après jour. L’idée, comme à chaque fois, était de faire le disque que tu as envie de poser sur ta platine. Et de les respecter eux.
Propos recueillis par Raphaël Louviau